Pancrace et autres
Méthode
Sport de combat &JO
Olympioniques
Sources
Pugilat, Boxe
Luttes
Pancrace et autres
Conclusion
Résultat de l'analyse pour les champions de PANCRACE et les combattants polyvalents

Le Pancrace, synthèse de la lutte et du pugilat, a pour contre-partie moderne les compétitions de "combat libre" d'inspiration brésilienne. Il faut tout de même apporter des nuances dans le sens où les règles de l'Antiquité étaient plus libérales et le combat orienté plus vers la position verticale qu'horizontale, étant donné l'aire de combat : de la terre meuble ou du sable saturé d'eau et non un ring souple et propre.

Depuis 1993 et le premier Ultimate Fighting Championship, aucun champion d'arts martiaux mixtes n'a véritablement imposé sa domination plus de deux ou trois années. On peut bien sûr retenir quelques noms (Royce Gracie, Ken Shamrock, Bas Rutten, Mark Kerr "The Titan", Antonio Rodrigo "Minotauro" Nogueira, etc) mais ils seront sans doute considérés plus tard comme de simples précurseurs.
Le premier vainqueur digne de ce nom est celui du Pride Grand Prix 2000 : l'américain Mark Coleman (ancien vice-champion du monde de lutte libre). Le deuxième vainqueur sera celui du Pride Grand Prix 2004 (à noter que la périodicité de 4 ans correspond à celle des Jeux Olympiques). Le favori est le russe Fedor Emilianenko, par ailleurs champion du monde de sambo (un art martial russe synthèse du judo et de la lutte libre, deux disciplines olympiques).
Mais aucun de ces brillants combattants ne peut encore rivaliser en terme de longévité ou de polyvalence sur leurs équivalents de l'Antiquité.
Plusieurs candidats se tallonnent pour le rang de "meilleur parmi les meilleurs" et il est très difficile de les départager car les informations (sur leurs palmarès) sont fragmentaires et parfois contradictoires !
Ils sont dix à avoir obtenu au moins trois titres olympiques ou pythiques; ceci correspondant à une domination d'une douzaine d'années sur leurs contemporains. Parmi eux, deux hommes sortent toutefois du lot :
- Dorieus de Rhodes, fils de Diagoras (olympionique en pugilat), frère de Damagetos (double olympionique en pancrace) et d'Akousilaos (olympionique en pugilat), oncle d'Euclès (olympionique en pugilat) et de Peisirodos (olympionique en pugilat catégorie "enfants");
- et Théagénès de Thasos, l'homme aux 1400 victoires, qui fut le premier à s'imposer au plus haut niveau dans deux disciplines; en l'occurrence : pugilat et pancrace. Il fit preuve d'une longévité remarquable quand on voit le nombre impressionnant de ses victoires isthmiques et néméennes mais dût partager les couronnes les plus glorieuses (les olympiques) avec son grand rival, le pugiliste Euthymos.

n°1 ou n°2 : Dorieus, de Rhodes,
Commentaire extrait de l'Elide
Fils cadet de Diagoras, il fut trois fois vainqueur au pancrace lors de la 87ème, de la 88ème et de la 89ème Olympiade en 432, 428 et 424 av. JC. Ce champion fut trois fois périodonique : à ses trois victoires à Olympie, il ajouta quatre victoires à Delphes entre 438 et 426, huit à l'Isthme de 438 à 424 et sept à Némée de 437 à 425. Il triompha également quatre fois aux Panathénées, quatre fois aux Asklépieia d'Epidaure, trois fois aux Hécatombiaia d'Argos et trois fois aux Lycaia d'Arcadie. Sur l'ensemble de sa carrière, on peut considérer qu'il a dominé ses contemporains pendant 16 années (une des victoires à Delphes ayant même été obtenue sans que personne n'ose s'opposer à lui).
Dorieus eut également une activité politique notable dirigée contre Athènes. Installé à Thourioi, il rejoignit les Lacédémoniens.

n°2 ou n°1 : Théagénès de Thasos
Elide II; 6, 5-6; 11, 2-9; 15,3
Les Hellanodices infligèrent à Théagénès une amende d'un talent consacrée au dieu et d'un talent pour le dommage causé à Euthymos parce qu'il leur semblait que Théagénès était entré dans la compétition de boxe pour porter tort à Euthymos [...] En guise de paiement à Euthysmos, il ne prit pas part à la boxe [...] Mais à l'olympiade suivante, Théagénès l'emportait au pancrace. Il a obtenu aussi à Pythô trois victoires, celles-ci à la boxe, neuf aux Némeia, dix aux Isthmia, au pancrace et à la boxe tous ensemble; mais à Phthie de Thessalie , il abandonna la pratique de la boxe et du pancrace et s'appliqua à gagner la célébrité chez les Grecs à la course. Il triompha de ses concurrents à la course de fond. [...] Au total, il obtint 1400 couronnes.
Commentaire
Comme les listes de victoires de Théagénès énumèrent essentiellement des victoires à la boxe, il est difficile de croire à la version rapportée par Pausanias, qui serait plus crédible si l'athlète avait été un pancratiaste.
La liste impressionnante des victoires que remporta dans les grands concours Théagénès a été gravée sur les trois bases des statues qui ont été retrouvées à Delphes, à Olympie et à Thasos [...]. Il fut deux fois périodonique : ses deux victoires à Olympie en 480 av. J.C. à la boxe et en 476 au pancrace furent à l'origine de l'introduction du nom de Disolympios [...] Vainqueur à la boxe à Delphes en 482, en 478, en 474 où il triompha, il emporta également l'épreuve de boxe des Isthmia de 490, 488, 486 (où il ajouta la victoire au pancrace), 482, 480, 478, 476, 474 et celles des Némeia de 489, 487, 485, 483, 481, 479, 477, 475, 473.
La base de Delphes, à la différence d'Olympie, mentionne également une victoire au dolichos aux Hécatombaia d'Argos.
Si boxeurs et pancratiastes appartiennent comme les lutteurs à la catégorie des athlètes lourds, il n'en est pas de même des coureurs. Les exemples d'athlètes vainqueurs dans les sports de combat et les courses sont donc rares.

Petit correctif personnel.
Apparemment, Théagénès trusta les victoires à l'Isthme et à Némée pendant 19 années mais dut partager les couronnes les plus prestigieuses (celles d'Olympie et de Delphes) notamment avec Euthymos de Locres.
Il est écrit que Théagénès fut deux fois périodonique, ce qui signifie vainqueur dans une discipline donnée, aux quatre grands Jeux, pendant une même période. Si c'est bien le cas, sa troisième victoire (triomphale) à Pythô (deux ans après son succès olympique en pancrace) ne le fut pas en pugilat mais bien en pancrace. Et durant la même période, aux Isthmia de 476 et/ou 474 ainsi qu'aux Némeia de 475 et/ou 473, c'est bien de victoires en pancrace qu'il s'agit.
Cette hypothèse asseoirait un peu plus sa polyvalence pugilat/pancrace. Concernant sa domination, si l'on ajoute les titres isthmiques et néméens, on trouve 19 années. Toutefois, si l'on considère comme plus importants les titres olympiques ou pythiques, cela ne représente que 12 années.

n°3 : Sostratos de Sikyon
Triple vainqueur olympique et double pythionique, le "briseur de doigts" gagna 6 fois à l'Isthme et 6 fois à Némée. Tous ces titres en pancrace.
Trois victoires olympiques correspondent à un règne de 12 années.

n°4 : Stratôn d'Alexandrie
Triple vainqueur olympique, ayant réussi le doublé lutte/pancrace en 68 av. JC et ajoutant un troisième titre dans l'une des deux disciplines lors des Jeux de 64 av. JC, Stratôn est aussi celui auquel se réfère Pausanias pour dire qu'ils ne furent que 7 à réussir pareil doublé : trois avant Stratôn et trois après lui.
Ses nombreux titres à Pythô, à Corinthe ou à Némée n'étant pas connus, il ne peut être classé plus haut que ce 4ème rang. Toutefois, un exploit lui a quand même permis de devancer ses concurrents à la postérité : lors d'une édition des Jeux Néméens, il réussit le doublé lutte/pancrace chez les "enfants" et la même journée, réussit le même exploit chez les "imberbes" (une catégorie d'âge intermédiaire avant celle des "hommes"). Quatre couronnes le même jour !
On peut considérer (vu ses trois titres olympiques) que sa domination fut d'environ 12 années).

n°5 : Cleitomachos de Thèbes
Double vainqueur olympique (en 216 av. JC au pancrace puis 212 au pugilat) et triple vainqueur aux Jeux Pythiques (en 218, 214 et 210 av. JC, tous ces succès au pancrace), Cleitomachos reste célèbre pour être le seul qui réussit l'exploit de remporter le même jour la victoire dans les trois épreuves de combat : lutte, pugilat, pancrace. Ceci advint probablement lors des Isthmia de 216. Par contre, il semblerait qu'il n'ait obtenu aucune victoire à Némée.
Vu ses trois titres pythiques, son règne fut d'environ 12 années.

Faute de connaître leurs victoires aux Jeux Isthmiques et Néméens, il m'a été impossible de départager les champions des places n°6 à n°10. Tout au plus puis-je développer un peu leur biographie. Quant à la durée de leur règne, on peut l'estimer à 12 années environ.

n°6 ex aequo : Capros d'Elis
Cet Eléen fut le premier "après Heraclès", en 212 av. JC, à réussir le doublé lutte/pancrace lors des mêmes Jeux Olympiques. Il y parvint en battant les tenants du titre pourtant fort valeureux : Paianos d'Elis à la lutte (triple pythionique en lutte) et Cleitomachos de Thèbes (triple pythionique en pancrace). Mais sa polyvalence ne s'arrêta pas à ces deux disciplines. Plus jeune, il avait déjà obtenu le titre du pugilat à Pythô dans la catégorie "enfants" et avait ensuite réussi le doublé antagoniste lutte/pugilat catégorie "hommes adultes".
Faute de connaître ses victoires aux Isthmia et aux Némeia, Capros se retrouve classé derrière le rival qu'il avait pourtant battu : Cleitomachos.

Autres n°6 ex aequo :
- Arrichion de Phigalée, vainqueur au Pancrace en 572, 568 et 564 (ce dernier succès à titre posthume).
- Timasitheos de Delphes, double vainqueur à Olympie (en 516 et 512 av. JC) et triple vainqueur à Pythô, en pancrace.
- Astyanax de Milet : triple vainqueur au pancrace aux Jeux Olympiques en 324, 320 et 316 av. JC;
- Marcus Aurelius Asklepiades d'Alexandrie, triple vainqueur à Olympie, d'abord en pancrace en 181 ap. JC et ensuite en lutte en 193 puis 197 après JC.

Meilleur parmi les meilleurs
05/07/04